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DS, GS, SM : les Citroën des années 70 avant le virage Peugeot

Élise de Montgolfier 11 min de lecture

Parler de Citroën dans les années 70, c’est entrer dans une décennie de contrastes, avec des voitures techniquement audacieuses, un design encore libre et une crise industrielle qui conduit au rachat par Peugeot en 1976. Pour l’amateur de voitures anciennes, cette période réunit ce qui fait le charme de la marque : la DS devenue icône, la GS plus rationnelle mais très moderne, la SM à l’aura singulière, sans oublier l’ID, la 2CV et les modèles de transition.

Cette décennie ne se résume pas à une liste de modèles. Elle raconte le passage d’un constructeur inventif, parfois en avance sur son temps, vers une organisation plus encadrée industriellement. Ce mélange d’innovation, de fragilité économique et de nostalgie explique pourquoi les Citroën des années 70 restent très recherchées aujourd’hui.

Une décennie charnière pour Citroën

Au début des années 70, Citroën possède encore une identité très forte. La marque est associée à des solutions techniques originales, à des silhouettes immédiatement reconnaissables et à une certaine idée du confort automobile français. La DS, lancée le 6 octobre 1955, continue de marquer les esprits bien après son apparition. Elle n’est plus une nouveauté, mais elle reste une référence symbolique.

Dans le même temps, Citroën doit gérer une gamme complexe et des investissements lourds. La période 1970-1976 est souvent considérée comme une phase de tension, avec des modèles remarquables mais un équilibre industriel difficile à tenir. Le rachat par Peugeot en 1976 marque un basculement. À partir de là, Citroën conserve une partie de son tempérament, mais son développement s’inscrit davantage dans une logique de groupe.

Entre audace technique et contraintes économiques

La force de Citroën dans les années 70 tient à sa capacité à proposer autre chose qu’une automobile conventionnelle. Suspension oléopneumatique, direction à assistance hydraulique, freins à disque assistés ou boîte semi-automatique, ces éléments créent une expérience de conduite très particulière. Ils renforcent l’image d’une marque d’ingénieurs, capable de transformer une voiture en objet roulant singulier.

Mais cette sophistication a aussi un revers. Pour un constructeur confronté à des crises industrielles, produire, entretenir et faire évoluer des technologies spécifiques demande des moyens importants. C’est l’un des paradoxes de Citroën à cette époque : ce qui nourrit la légende participe aussi à la fragilité de l’entreprise.

Le rachat par Peugeot et ses conséquences

Le rachat par Peugeot en 1976 ne signifie pas la disparition immédiate de l’originalité Citroën, mais il ouvre une nouvelle période. La marque entre dans une logique plus rationnelle, avec une attention accrue portée aux coûts, aux plateformes, à la cohérence industrielle et à la rentabilité. Pour certains passionnés, c’est le début d’une perte d’originalité. Pour d’autres, c’est ce qui permet à Citroën de survivre et de continuer à produire des voitures populaires.

Cette tension explique pourquoi les modèles des années 70 occupent une place si particulière chez les collectionneurs. Ils apparaissent comme les derniers témoins d’une Citroën encore profondément indépendante dans son esprit, même lorsque la transition industrielle est déjà en marche.

Les modèles Citroën des années 70 à connaître

Les Citroën de cette période couvrent plusieurs univers : la grande routière statutaire, la berline familiale moderne, le haut de gamme spectaculaire, la voiture populaire et l’utilitaire du quotidien. Ce panorama explique la richesse du patrimoine Citroën année 70.

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Fiche complète sur la Citroën SM : histoire, caractéristiques et innovations, Découvrez l’histoire, les spécificités techniques et les innovations de la Citroën SM sur Wikipédia.

Modèle Positionnement Ce qui le rend marquant
DS Grande routière et voiture culte Suspension oléopneumatique, ligne futuriste, image présidentielle et culturelle
ID Version plus accessible de l’univers DS Confort Citroën, style proche de la DS, intérêt fort en collection
GS Berline familiale moderne Compromis entre confort, innovation et usage quotidien
SM Modèle haut de gamme Design spectaculaire, technologie ambitieuse, aura rare
2CV Voiture populaire Simplicité, robustesse, attachement affectif très fort

DS et ID : l’icône qui traverse la décennie

La DS reste la figure la plus emblématique. Avec les DS 19, 21 et 23, Citroën décline une automobile qui symbolise à la fois la modernité technique et le prestige à la française. Sa suspension oléopneumatique lui donne une présence unique sur la route : la voiture semble flotter, absorber les irrégularités et maintenir une assiette particulière qui fascine encore aujourd’hui.

L’ID, souvent moins spectaculaire dans l’imaginaire collectif, mérite pourtant une vraie attention. Elle reprend une grande partie de l’allure et du confort de la DS, avec une approche plus accessible. Pour un amateur qui souhaite entrer dans l’univers des grandes Citroën classiques, elle peut représenter une porte d’entrée cohérente, à condition de vérifier l’état de la structure, de l’hydraulique et de la conformité des éléments mécaniques.

GS : la Citroën familiale qui ne voulait pas être banale

La GS occupe une place stratégique. Elle montre que Citroën ne réservait pas l’innovation aux modèles les plus prestigieux. Son intérêt vient de son équilibre : une voiture pensée pour la famille, mais dotée d’une vraie personnalité technique et stylistique. Sa ligne fluide, son confort et son comportement routier en font l’un des modèles phares de la décennie.

Pour les collectionneurs actuels, la GS présente un attrait différent de celui de la DS. Elle est moins monumentale, souvent plus proche de l’usage quotidien, et évoque une France des départs en vacances, des nationales, des garages de quartier et des tableaux de bord audacieux. Elle parle autant à la mémoire familiale qu’à la passion automobile.

SM et 2CV : deux extrêmes d’une même culture

La SM et la 2CV semblent appartenir à deux mondes opposés. La première incarne le modèle haut de gamme, l’ambition technologique et une ligne de science-fiction. La seconde reste associée à la simplicité, à l’économie d’usage et à une forme de liberté populaire. Pourtant, les deux partagent une même logique Citroën : ne pas copier les autres.

La SM attire par sa rareté et son caractère presque expérimental. La 2CV, elle, séduit par son évidence. Dans un rassemblement de voitures anciennes, l’une impressionne, l’autre rassemble. Cette amplitude est l’une des grandes forces de Citroën dans les années 70 : la marque peut produire un objet sophistiqué et une voiture essentielle sans renoncer à son identité.

Design, hydraulique et sensations : ce qui distingue vraiment ces voitures

Les Citroën des années 70 ne se comprennent pas seulement par leurs fiches techniques. Leur originalité se ressent dans la manière dont elles se posent sur leurs roues, dans la forme de leurs habitacles, dans le rapport entre le conducteur et la route. Elles ne cherchent pas uniquement à aller d’un point à un autre, elles proposent une expérience.

La suspension oléopneumatique, signature de confort

La suspension oléopneumatique est l’un des grands marqueurs de la marque. Elle ne se limite pas à une promesse de douceur. Elle modifie la perception de la route. Sur une DS ou une grande Citroën équipée de ce type de technologie, les mouvements de caisse, l’assiette et le filtrage des irrégularités créent une sensation très différente de celle des berlines classiques de la même époque.

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Pour un acheteur actuel, cette technologie impose toutefois de la méthode. Il faut s’intéresser aux sphères, au circuit hydraulique, aux fuites éventuelles, au comportement de la voiture à froid et à chaud. Une Citroën ancienne bien réglée donne une impression de fluidité remarquable. Une voiture négligée peut vite devenir coûteuse à reprendre.

Sur ces modèles, un détail technique touche souvent plusieurs fonctions à la fois. Une commande hydraulique influe sur le freinage, la direction, la hauteur de caisse, donc sur la posture de la voiture et sur la confiance du conducteur. C’est pour cela qu’une Citroën année 70 se juge comme un ensemble, pas comme une addition de pièces isolées.

Des tableaux de bord et des lignes qui osent

Le design Citroën des années 70 possède une dimension presque théâtrale. Les carrosseries ne se contentent pas d’être élégantes, elles expriment une vision. La DS semble encore venir d’un futur rêvé, la SM pousse cette impression plus loin, et la GS traduit cette audace dans un format plus familial.

Les habitacles participent à cette singularité. Les amateurs parlent volontiers de tableaux de bord étonnants, parfois déroutants, avec une ergonomie qui ne suit pas toujours les habitudes des autres constructeurs. C’est précisément ce décalage qui nourrit l’attachement : conduire une Citroën de cette période, c’est accepter d’entrer dans une autre grammaire automobile.

Pourquoi ces Citroën sont devenues des voitures cultes

Le statut culte des Citroën des années 70 ne repose pas uniquement sur la rareté. Il vient d’un mélange d’images publiques, de souvenirs personnels et de qualités objectives. La DS, associée à Charles De Gaulle dans l’imaginaire collectif, dépasse largement le cadre de la voiture ancienne. Elle devient un symbole national, politique, cinématographique et esthétique.

La culture populaire a aussi joué un rôle. Les Citroën apparaissent dans les films, dans les souvenirs de famille, dans les récits de vacances, parfois même dans une imagerie plus sulfureuse avec l’idée de la « voiture des voyous » attachée à certaines grandes berlines de l’époque. Louis de Funès et d’autres figures du cinéma français ont contribué, directement ou indirectement, à fixer ces silhouettes dans la mémoire collective.

La GS, de son côté, parle à une autre mémoire : celle d’une modernité accessible. Elle n’a pas exactement le prestige de la DS ni la rareté spectaculaire de la SM, mais elle incarne une période où une berline familiale pouvait encore surprendre. C’est souvent ce type de modèle qui déclenche les restaurations sentimentales : on rachète la voiture du père, du grand-père, du voisin, ou celle que l’on voyait stationnée devant l’école.

Achat, restauration et collection : les bons réflexes avant de se lancer

Acheter une Citroën des années 70 demande de combiner passion et prudence. Les annonces peuvent faire rêver, mais deux voitures apparemment similaires peuvent cacher des écarts considérables en état réel, en conformité et en coût de remise en route. Le prix affiché ne dit pas tout : l’historique, la qualité d’entretien et la cohérence des pièces comptent autant que la peinture ou la sellerie.

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Comparer les modèles selon son projet

Avant de chercher une annonce, il faut clarifier son usage. Une DS ou une SM restaurée pour la collection ne répond pas au même projet qu’une GS destinée à rouler régulièrement. Une 2CV attire par sa simplicité, mais les exemplaires sains et bien restaurés demandent aussi une vraie vigilance. L’idéal est de choisir un modèle dont on accepte les contraintes, pas seulement l’esthétique.

  • Pour le prestige : la DS reste la référence, surtout dans ses versions les plus recherchées.
  • Pour l’originalité haut de gamme : la SM séduit, mais exige une approche rigoureuse.
  • Pour un usage plus familial et attachant : la GS offre un équilibre intéressant.
  • Pour la simplicité populaire : la 2CV garde un pouvoir affectif exceptionnel.
  • Pour une entrée dans l’univers DS : l’ID peut être une alternative pertinente.

Contrôler l’état réel avant l’achat

La restauration d’un véhicule ancien peut devenir longue et exigeante. Certains projets s’étalent sur plusieurs années, une restauration de 4 ans n’a rien d’absurde lorsqu’il faut reprendre la carrosserie, l’hydraulique, la mécanique, l’intérieur et les finitions. À l’inverse, une voiture présentée avec un contrôle technique récent, par exemple de 15 jours, ne dispense pas d’un examen approfondi par une personne compétente.

Les points à vérifier varient selon les modèles, mais quelques priorités reviennent souvent : corrosion structurelle, état du circuit hydraulique, disponibilité des pièces, qualité des précédentes réparations, conformité administrative et cohérence entre le numéro de série, la carte grise et la configuration du véhicule. Pour une Citroën ancienne, mieux vaut payer une expertise ou se faire accompagner que découvrir trop tard une restauration approximative.

Où chercher et comment évaluer une annonce

Les Citroën des années 70 se trouvent sur les plateformes d’annonces de voitures anciennes, dans les ventes spécialisées, auprès de clubs, de garages passionnés ou par le bouche-à-oreille. Les clubs de marque sont souvent précieux : ils permettent de comprendre les séries, d’identifier les faiblesses connues et de rencontrer des propriétaires qui roulent réellement avec leurs voitures.

Pour évaluer une annonce, il ne faut pas se limiter aux photos flatteuses. Demandez des vues du dessous, du compartiment moteur, des zones sensibles, des factures et des travaux récents. Une voiture dans son jus peut être intéressante si elle est saine et honnête. Une restauration brillante peut être inquiétante si elle masque des reprises mal documentées. Dans l’univers Citroën année 70, la transparence vaut souvent plus qu’un vernis impeccable.

Choisir une Citroën des années 70 revient à choisir une relation avec une automobile. Ces voitures ne sont pas seulement des objets de collection : elles portent une manière de concevoir la route, le confort et l’audace industrielle. C’est ce qui explique leur pouvoir durable, bien au-delà de la nostalgie.

Élise de Montgolfier
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